• Vendredi 28 septembre 2018, « Causerie » à Pleudaniel

    Pollinisation : ne tournons plus autour du pot ! 

    Une nouvelle Causerie « dans l’air du temps » ?
    En ouvrant à son tour, le vendredi 28 septembre, le dossier de la mortalité des abeilles, Le Papillon de la Presqu’île, associé pour la circonstance avec l’association J’accueille la nature, a montré, une nouvelle fois, son extrême sensibilité aux questions se rapportant à la défense de l’environnement. On ne peut regretter que la tenue de cette Causerie n’ait pu réunir qu’une trentaine de personnes dans la salle intercommunautaire de Kerantour, à Pleudaniel. Car il ne s’agissait pas seulement d’une simple redite, d’un discours redondant, mais bien d’administrer une « piqûre de rappel » fortement dosée. On aurait souhaité refuser des auditeurs tant le sujet nous semble d’importance pour la sûreté alimentaire de l’humanité.

    L’objectif de cette Causerie était de nous faire prendre conscience qu’au-delà des abeilles dites domestiques, c’est le monde des insectes dans sa grande diversité qui est menacé. Les abeilles de nos ruches ne sont que la partie visible d’un phénomène beaucoup plus large. On dénombre quelque 20000 espèces d’abeilles sauvages dans le monde (dont un millier en France). Roland Cuvier Or, comme le fera remarquer, en préambule, Roland Cuvier, le président du Papillon de la Presqu’île, les plantes à fleurs et les pollinisateurs co-évoluent depuis 60 millions d’années et le processus de la biodiversité se fracture depuis moins d’un siècle .Nous devons en craindre les conséquences pour nous-mêmes.

    Vendredi 28 septembre 2018, « Causerie » à Pleudaniel Aux côtés de Roland Cuvier, François Le Dudal, apiculteur professionnel à Cohiniac, dans les Côtes d’Armor, et Gilles Le Roux, apiculteur de loisir membre du Groupement de Défense Sanitaire des Abeilles d’Ille & Vilaine. Celui-ci opère au coeur même de la ville de Rennes. Si le problème de la survie des abeilles n’était pas aussi inquiétant, nous pourrions nous amuser ici à concocter une fable de l’abeille des villes et l’abeille des champs. Le bon Monsieur de La Fontaine ne nous tiendrait pas rigueur. Même Voltaire apprécierait de nous voir plagier son fameux poème Jean qui rit, Jean qui pleure.

    Pourquoi une telle digression ? L’effet contrasté et apparemment paradoxal entre les deux interventions.
    Alors que François Le Dudal se trouve confronté à un effondrement de ses colonies, Gille Le Roux tire profit d’un phénomène pour le moins surprenant, du moins pour les non connaisseurs : l’attirance que les abeilles ont pour la ville.

    Mais il nous fallait raison garder. Entre la ville et le champ, on ne travaille pas sur la même échelle, mais la problématique reste la même. Là où le passionné va installer cinq à six ruches dans son jardin, pour son propre plaisir et celui du partage du fruit avec des amis, le professionnel qui veut vivre de son métier doit travailler avec quelques centaines de colonies. « J’ai perdu 80 % de ma récolte cette année. Les années précédentes nous n’en étions encore qu’à 30% ». Sur les 354 ruches qu’il a mises en place, 69 seulement ont fonctionné. Un cas isolé ? Non !

    François Le Dudal s’est fait ici le porte-parole d’une profession en plein désarroi. Son compère d’un soir a lui aussi mis l’accent sur cette perspective d’un monde sinistré, c’est-à-dire ne bénéficiant plus assez de la force de travail de ce microcosme du butinage. L’abeille des villes et l’abeille des champs sont sur le même bateau. Un bateau qui ne s’appelle pas encore Arche de Noé. Mais pour combien de temps encore?

    Vendredi 28 septembre 2018, « Causerie » à Pleudaniel

    Ne tournons plus autour du pot ! Nous sommes, comme le soulignera avec force Roland Cuvier, à l’heure des choix. Pour les trois conférenciers, il n’était point question de cibler cette autre profession qui travaille, elle aussi, sur «le vivant». Ils veulent croire que la prise de conscience du monde agricole, dont on ne peut nier la réalité, va s’accroître rapidement. L’agriculture et les insectes s’échangent les services. Les abeilles, les bourdons, les papillons butinent le pollen et le nectar. De nombreuses cultures ont besoin d’eux pour leur pollinisation.

    Non sans prendre en compte l’importance du volet économique et les difficultés que génère un changement d’amure des pratiques dans l’usage des produits phytosanitaires, ils n’en fustigent pas moins le politique qui semble encore englué dans les préoccupations du court terme, en n’osant pas décider pour le long terme. La Politique agricole commune (PAC), dont le budget pour la France s’élèvera, pour les 7 ans à venir, à 50 milliards d’euros, soit environ 7 milliards par an, pourrait s’avérer être un outil non négligeable. Les apiculteurs dénoncent surtout le poids des lobbys qui se retranchent derrière « la charge de la preuve » pour dénier à quiconque le droit d’affirmer que les pesticides et autres insecticides sont à la source de la mortalité de la gente ailée.

    Un chimiste japonais (Eijiro Miyako) vient de mettre au point un robot-insecte, un mini-drone susceptible de prendre la relève des pollinisateurs naturels. Ce petit robot pollinisateur télécommandé, muni de quatre hélices, est recouvert de trois millions de poils de cheval enduits d’un gel ionique, c'est-à-dire électriquement chargé, capture le pollen sur une fleur avant d’aller le déposer sur les pistils d’une autre. Mais combien de robots sur pile faudra-t-il fabriquer pour assurer une productivité équivalente à celle de ces stakhanovistes du butinage. Pour faire un pot de miel, les abeilles d’une ruche parcourent quelque 400000 km.

    Là encore, il ne s’agit pas de nier les avantages que peut et va avoir la robotique dans l’agriculture comme dans tant d’autres domaines, mais il est déprimant de constater qu’une partie des scientifiques semble avoir acté l’inéluctable disparition des pollinisateurs. Touchant au vivant, on est en droit de s’interroger sur les conséquences de cet épanchement du robot pour les corolles des fleurs. Au carrefour des ADN, on prend, à coup sûr, le risque de choisir l’impasse. Nous avons encore la possibilité de repenser, mais sans plus tarder, le modèle agricole qui assurera notre futur.

     

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